Université au Japon : Première Partie

university

Après une première partie consacrée aux écoles maternelles et primaires, une seconde partie sur l’enseignement secondaire, voici enfin la dernière partie centrée sur la scolarité japonaise : les universités et les études supérieures. Rappelons avant d’entrer dans le vif du sujet que cet article se base sur mes connaissances et expériences personnelles et qu’il est risqué de prendre comme une généralité tous les propos qui sont relatés dans le billet. Bien que cette subjectivité soit également présente dans les précédentes parties, cet avertissement est d’autant plus pertinent dans le cas présent puisque contrairement aux études primaires et secondaires, obligatoires et donc suivant une certaine ligne directrice, les universités se distinguent par leurs différentes directives et pédagogies. De plus, des disparités apparaissent également au sein d’une même université, en fonction de la faculté, etc.

Vous voilà avertis, et n’hésitez pas à faire part de vos questions ou expériences dans les commentaires !

Note :
Le dossier sera publié en deux parties : étude et culture. Cependant, une subdivision aux plusieurs articles (avec encore plus de détails !) est prévue dans le futur.
Un lexique des mots japonais apparaissant dans le texte a été établi en fin de page.

Le système supérieur japonais se distingue en deux catégories : les universités et les écoles spécialisées, la différence principale étant la durée du cursus et la valeur du diplôme. Dans cet article il sera essentiellement question des universités. Nous toucherons néanmoins quelques mots dans le second article consacré à l’étude.

Entrer dans une université

"Akahon" (Livre rouge) regroupant les anciens examens de chaque université.

« Akahon » (Livre rouge), regroupant les anciens examens de chaque université.

Nous allons ici développer le mécanisme pour entrer dans une université, en rappelant quelques notions déjà vues dans la partie précédente consacrée aux lycées. Le système étant extrêmement compliqué, nous nous contenterons donc de donner ces grandes lignes uniquement. Pour les élèves de secondaire, il existe une période terrifiante qu’est la période de Juken. Cette période d’examen est similaire au baccalauréat français, à la différence près que les examens ne sont pas forcément à l’échelle nationale. En effet, les épreuves diffèrent si l’université est publique ou privée. Il faut savoir que le Japon adopte un système américain qui, contrairement en France où la plupart des écoles sont publiques, possède essentiellement des écoles privées (environ 80% des plus de 700 universités japonaises). Les écoles privées n’étant pas contrôlées par l’État, ils ont plus de liberté sur la proposition des cursus, tandis qu’il y règne une ambiance plus orthodoxe dans les établissements publics. Mais les universités publiques ont cet argument incontestable qu’est le coût réduit du minerval. Comptez environ 540.000 yens (4400 euros) par an dans une école nationale, et 900.000 yens (7300 euros) en moyenne pour son homologue privé, voire 1.200.000 yens (9700 euros) si vous êtes dans une faculté scientifique (sans compter les frais d’entrée à payer la première année, frais de matériels scolaires et autres. Revenons sur nos lycéens en période de Juken, en détaillant les processus pour ces deux universités.

Université Publique

Pour entrer dans une université publique, réputée comme les plus difficiles (avec le prestigieux Tokyo University ou Tôdai en tête), il faut tout d’abord passer les examens « Center ». Ces évaluations, organisées par le ministère d’enseignement, se déroulent à l’échelle nationale mi-janvier. Les examens Center ne sont pas réputés comme étant faciles, mais ne sortent pas non plus de la matière traitée dans les manuels scolaires, de sorte que l’on n’y trouve pas des questions avancées ou pièges. Une fois cette porte d’entrée franchie, il vous attend la prochaine étape, qui est les évaluations propres à chaque université. Ces examens se déroulent en deux temps, avec un premier examen portant sur les matières dites classiques et un second examen portant sur les matières dites spéciales. Par classique, l’on entend que ce sont des questions théoriques ou pratiques où il existe une seule réponse, tandis que les évaluations spéciales portent sur des dissertations, présentations, etc. C’est ici que les choses se compliquent, accrochez-vous.

Premièrement, la matière des examens en question. Il faut savoir qu’il existe 6 grandes matières au Japon, chacune subdivisée en des cours/spécialisations (qui correspondent en fait aux cours choisis lors de ses années au lycée) :

Japonais. Pas de spécialisation, une seule matière : Japonais général
Histoire et géographie. Ex. de cours : Histoire du Japon A, Géographie A…
Éducation civique. Ex. de cours : Politique, Finance…
Mathématique. Ex. de cours : Mathématique I, Mathématique II
Science. Ex. de cours : Physique général, Biologie spécialisation…
Langue étrangère. Ex. de cours : Anglais, Français…

Lycéens en examen.

Lycéens en examen.

Pour l’examen Center, les étudiants choisissent entre 6 et 8 cours, parmi les 6 matières citées ci-dessus. Ces choix dépendent non seulement de l’étude que vous souhaitez entreprendre, mais également des universités. Ainsi, la faculté des lettres de l’université de Hokkaido, par exemple, demande que les étudiants passent 8 examens Center, étalés sur 5 à 6 matières : « Japonais général », « Mathématique I » + un autre cours de mathématique au choix, deux cours de science générale au choix, un cours de langue étrangère, deux cours au choix parmi les matières d’éducation civique ou d’histoire-géographie.

Vient alors la deuxième étape, les interrogations organisées par les écoles. Concernant ces deux évaluations (classiques et spéciales), il n’est pas nécessaire en pratique de passer ces deux types d’examens et l’on peut se contenter d’un des deux.n réalité, la grande majorité des étudiants s’inscrivent seulement aux examens classiques, les évaluations spéciales étant plus difficiles à préparer et ayant des places limitées. Ce sont alors 3 cours dispersés sur 2 à 3 matières qui sont demandés, pour cette partie dite classique. Souvent, la liberté des choix est plus limitée lors de cette ultime étape.

De plus, il existe entre autres des examens de rattrapage, mais nous omettrons les détails ici. Sachez cependant qu’au final, c’est une moyenne entre l’examen Center et l’examen propre à l’université qui est calculée, avec une pondération qui dépend des établissements. Toutes ces étapes ont été schématisées un peu plus bas, exemple à l’appui.

Université Privée

Annonce des résultats d'examen. Les numéros des étudiants ayant réussis sont affichés.

Annonce des résultats d’examen. Les numéros des étudiants ayant réussis sont affichés.

Quant aux universités privées, heureusement, les choses sont plus simples, puisque c’est seulement sur base des examens propres à chaque établissement qu’est jugé l’élève. On retrouve alors le même système, où l’on choisit 3 cours parmi deux à trois matières. Cependant, aujourd’hui beaucoup d’écoles adoptent le système des instituts publics, avec une sélection des candidats se basant sur les résultats de l’examen Center, en plus des examens de l’institution. Toutefois, ces écoles privées ne demandent de passer que trois cours durant l’examen Center, et non 7 ou 8 comme les universités publiques. C’est la raison pour laquelle la majorité d’étudiants passe l’examen Center, même s’ils ne comptent pas aller dans une école publique. À nouveau, nous pouvons entrer dans les détails, en parlant par exemple de la manière dont ces examens sont organisés (type standard, type focus… Le type focus a cette possibilité de gérer soi-même la pondération des points, avant l’examen, en misant gros sur sa matière préférée), les lieux où ces évaluations se déroulent, etc., mais arrêtons-nous ici en ce qui concerne les examens d’entrée.

Période :Mi-janvierFévrierMars
Examens :CenterLocal (classique)Local (spécial)Autres
Université publiqueObligatoire.
7 à 8 cours.
Obligatoire. (*)
2 à 3 cours.
Facultatif.
Dissertation, entretien, examen oral...
Examens de rattrapage.
Examens AO.
Etc.
Université privéeFacultatif. (**)
2 à 3 Cours.
Facultatif. (**)
2 à 3 Cours.
(*) : La quasi-totalité des étudiants passe l'examen local "classique", et tente le "spécial" dans le cas échéant.
(**) : Selon les universités, l'élève doit passer les deux examens (Center et Local) ou un des deux.

Il existe en réalité d’autres manières que les examens d’entrée pour entrer dans une université. Parmi celles-ci, la plus importante est l’entrée par recommandation (Suisen). Tous les établissements secondaires ont un accord avec un certain nombre d’universités privées pour pouvoir recommander ses étudiants qui ont fait preuve d’un parcours remarquable durant leur cursus. En pratique, un étudiant souhaitant avoir un Suisen postule sa candidature auprès de son lycée. Le quota d’étudiants dépend d’un enseignement à l’autre, mais sera plus élevé si l’institution secondaire est une école privée réputée. Autrement dit, si l’enfant se trouve dans un enseignement privé reconnu dès le plus jeune âge, il aura plus de chance d’entrer dans une université donnée, sans passer par la case du Juken. Ceci est loin d’être négligeable, d’une part, car vous l’aurez compris, la période des examens d’entrée est une atrocité, et d’autre part, car aujourd’hui la moitié des nouveaux étudiants dans les écoles privées entrent par Suisen.

Les recommandations se basent évidemment sur les résultats scolaires, mais pas que. En pratique, les recommandations ne se font pas vers une université, mais vers une faculté de cette université, de telle manière à ce que l’on envoie 5 étudiants dans la faculté de médecine, 3 en lettre romane, etc. Il existe dès lors des Suisen qui sont plus difficiles à obtenir que d’autres, de par le fait que plusieurs étudiants postuleront pour cette place. Ceci signifie également qu’une partie des élèves choisit la direction de leur étude en fonction non de leur envie, mais de la facilité à obtenir le Suisen. Signalons tout de même que de plus en plus d’institutions soumettent l’étudiant à un examen d’entrée allégé ou bien demande de passer l’examen Center en exigeant un certain score.

Enfin, il existe également les examens d’entrées AO (Admission Office), qui se trouvent quelque part entre le Suisen et les examens normaux. Les étudiants se présentent à l’université, lettre de motivation à la main, afin de passer un entretien avec les responsables universitaires. Si le personnel estime que l’étudiant a sa place dans l’enseignement, ils acceptent la candidature. D’un point de vue chronologique, les évaluations AO sont tenues après les examens d’entrée, afin de sauver les étudiants ayant raté les examens, mais motivés.

Quel établissement choisir ?

Une fois admis, commence la belle période ! Ici, cérémonie d'entrée.

Une fois admis, commence la belle période ! Ici, cérémonie d’entrée.

Pour finir cette section, abordons la manière dont les lycéens japonais sélectionnent leur université. En effet, il est difficile d’établir un choix parmi les 700 établissements. Ceci étant dit, rien n’empêche les étudiants de passer plusieurs examens d’entrée dans diverses universités, voire même dans une même école, pour des facultés différentes. En moyenne, ce ne sont pas moins de 5 universités différentes dans lesquels un jeune Japonais tentera sa chance. Les critères de choix sont divers, mais l’argument le plus pondérant est certainement la réputation de l’institution. En effet, nous avons déjà discuté dans l’article précédent que la notoriété de l’école joue un rôle majeur dans la carrière professionnelle. Nombreux sont les étudiants qui, à l’âge de 18 ans, quittent leur domicile pour les mégapoles, dans lesquels se trouvent les établissements les plus réputés. Si l’étiquette de l’université jour un rôle important pour la recherche d’emploi, ceci est bien sûr dû à la qualité du cursus assurée par ces grandes universités d’un côté, mais également au fait que les écoles les plus valeureuses appliquent les épreuves d’entrée les plus difficiles, de sorte que dès la rentrée il y ait déjà une sélection des bosseurs. Tel le prestigieux Tokyo University, possédant incontestablement l’examen d’entrée le plus laborieux. Toutefois, cette tendance aberrante de proposer des examens ardus pour le seul but de valoriser les universités, commence à disparaître au fil des années, laissant place à des évaluations plus faciles. La raison à cela est simple : la dénatalité japonaise. En effet, les proportions d’étudiants ainsi que le taux des réussites des différentes universités n’ont pas réellement changé ces dernières années, mais le nombre absolu des lycéens diminue bel et bien au fil des années.

Ainsi, après de nombreux examens, ou un Suisen providentiel, vous voilà étudiant universitaire… ou pas. Nous n’avons pas parlé de ce qui se passe lorsque vous ratez tout les examens. On appelle ces étudiants-là des « Ronin-sei », traduit littéralement par « étudiant vagabond », destiné à réitérer une nouvelle année de préparation.

Culture

Cercles

L’activité universitaire la plus importante est sans aucun doute les « Cercles ». Ces cercles, qui sont les pendants universitaires des Bukatsu dans les lycées, sont des associations d’étudiants dont le but est de pratiquer une discipline, sportive ou culturelle. Il existe toutes sortes de cercles, que cela soit les incontournables cercles de baseball, shôgi (jeu d’échecs japonais) ou des activités telles que la danse, les sports d’hiver, ou encore des cercles de frisbee, observation stellaire et pen-spinning. Il existe en réalité 4 grandes catégories :

Cercle « Normal » : Le but est de s’amuser et rencontrer des personnes qui partagent un même loisir.
Ex. : Cercle de magie, de manga, de design, de Ninja, badminton…

Cercle « Taîkukai-kei » : « Taîku » signifiant le sport, ces cercles exclusivement sportifs ont pour objectif la pratique sérieuse de la discipline. Ainsi, ces associations n’acceptent pas de débutants et obligent la participation aux entraînements qui se déroulent à raison de plusieurs fois par semaine. Ces cercles (qui en réalité sont les plus proches des Bukatsu ; on utilise d’ailleurs parfois cette appellation) représentent les compétences sportives de l’université en participant aux compétitions interuniversitaires. Beaucoup d’universités n’hésitent pas à instaurer des « Sports Suisen », dans l’objectif de recruter de jeunes sportifs dans leur école.
Ex. : Cercles de football, tennis, badminton…

Cercle « Inkare » : Du terme « Intercollegiate » prononcé à la japonaise. Comme son nom l’indique, ce sont des cercles qui n’appartiennent pas à une seule université, mais qui résultent d’une coalition de plusieurs écoles.
Ex. : Cercles d’échanges internationaux, badminton…

Cercle « Gakusei-Dantai » : Des termes « Gakusei » pour étudiant, et « Dantai » pour organisation. Contrairement aux cercles normaux, le but est de contribuer à la société. Cela va du bénévolat dans les régions touchées par des catastrophes naturelles à la publication des journaux étudiants. Certains d’entre eux ont le statut de NPO (Non-Profit Organisation ; ou Association à but non lucratif).
Ex. : Cercles « Help Fukushima », organisation de rencontre entre étudiants…

Cercle d'ani

Cercle d’animation et manga

Vous y trouvez tout ce qui est possible et imaginable comme cercles, et s’il n’en existe pas ce n’est pas grave : il suffit que vous rassembliez des confrères partageant le même centre d’intérêt pour créer votre propre cercle ! Ainsi il n’est pas rare de retrouver des centaines, voir des milliers de cercles au sein d’une seule université. Pourquoi autant de nombres ? Cela vient du fait que l’organisation des cercles est entièrement entre les mains des élèves et il n’est ni interdit d’appartenir à plusieurs cercles à la fois, ni interdit de créer un cercle sur une discipline déjà existante. En effet, prenons l’exemple du cercle de badminton qui, vous l’avez peut-être remarqué, apparaît à plusieurs reprises dans les exemples cités plus haut. Cela ne vient pas (entièrement) du fait que l’auteur adore le badminton, mais bien parce qu’il peut exister une dizaine de cercles de badminton au sein d’une seule université. Et ce, dans le but que tous les étudiants amateurs de ce sport puissent trouver l’association qui leur est appropriée. Comme expliqué précédemment, les cercles sont un lieu de rendez-vous, où l’on ne pratique pas seulement la discipline concernée, mais se rassemble également pour participer à diverses activités (soirées, excursions, sport d’hiver…). Si l’on continue sur l’exemple du badminton, chaque cercle a sa propre vision : le cercle Taîkukai-kei obligera à ces membres de se présenter minimum 5 fois par semaine pour les entraînements, le cercle XBL (pour X-University Badminton Lovers) organisera des rencontres amicales sur le terrain 2 fois par semaine et des rencontres autour d’un verre (Nomi-kai) 2 fois par semaine également (pour ainsi devenir X-U Beers Lovers…), enfin le cercle Inkare pourrait être un véritable lieu de rencontres, où se rassemblent les garçons de K-University et les filles de W-University. D’ailleurs, concernant ce dernier cas, signalons qu’il existe un cas extrême qui est les « Yari-Cer » ou Yari provient de « Yaru » une forme péjorative du verbe « faire » qui, dans le cas ici, est équivalant au verbe « baiser », et Cer pour Cercle (il est de coutume, étrange, que ces Yari-Cer soient nombreux dans les cercles de tennis…). Ainsi chacun des cercles a sa propre directive, qui se traduit souvent par le ratio activité:guindaille.

Cercles officiels

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Les cecles à la recherche des nouveaux

D’un point de vue pratique, comment entre-t-on dans un cercle ? Et comment trouve-t-on le cercle qui nous plaît, parmi tous ceux qui existent ? À ces deux questions, une seule réponse : en avril, à chaque début d’année scolaire, des représentants de cercles guettent prés de l’entrée de Campus pour distribuer des flyers et inviter directement les nouveaux étudiants à rejoindre leur club. Souvent, les cercles organisent une soirée de bienvenue, où ils invitent les nouveaux en leur offrant boissons et repas, dans l’espoir que celui-ci rejoigne le cercle. La raison pour laquelle les cercles s’acharnent sur les nouveaux étudiants est due au fait que sous certaines conditions, ils peuvent devenir des cercles « officiels ». Cette officialité de la part de l’école signifie qu’ils se voient attribuer un local pour leur cercle (il existe d’ailleurs dans chaque campus un bâtiment entièrement dédié aux cercles), une aide financière et certains droits/priorités durant des évènements scolaires (par exemple, la possibilité d’avoir un stand à l’entrée du campus durant la rentrée justement, pour attraper le plus de nouveaux). Pour donner un exemple, dans l’Université de Waseda connue pour sa diversité des cercles, il existe entre 2000 et 3000 cercles, dont à peu près 560 officiels. Dans le cas de Waseda un cercle officiel signifie qu’il y ait minimum 21 membres (ne provenant pas tous d’une même faculté), que ce cercle existe depuis plus d’un an, est financièrement autonome (un délégué enregistre et gère les dépenses) et a obtenu l’accord d’un professeur de l’université.

Bizutage

Revenons sur nos nouveaux étudiants. Il existe, dans la plupart de cercles, une sorte de bizutage. Contrairement aux rituels francophones, l’initiation japonaise n’implique pas des épreuves, mais uniquement l’ivresse. Il existe une véritable hiérarchie au sein des cercles, et les nouveaux arrivés se voient obligés de boire jusqu’à vomir sous l’ordre d’un étudiant supérieur. Cette tendance est surtout présente dans les cercles officiels, et atteint, étonnement, son paroxysme avec les cercles Taîkukai-kei où il y règne parfois une hiérarchisation militaire. Inutile de préciser que s’absenter de ces « Nomi-kai » (Nomi du verbe Nomu signifiant boire, Kai désignant un rassemblement) est inimaginable pour les petits nouveaux dont le sort de sa vie universitaire (amis, amour, mais aussi étude, car tuyaux des ainés) se décide à ce moment-là.

Gakuen-sai

Pour finir, parlons du « Gakuen-sai » (Gakuen pour campus, Sai pour festival), représentant la quintessence des cercles. Cette festivité, se tenant une fois par an (souvent en Automne) est le pendant supérieur du Bunka-sai (Fête de la culture) où l’on a remplacé les classes par les cercles. Ainsi, durant un week-end chaque association (s’il a obtenu le droit de l’Université, ce qui peut être réservé aux clubs officiels) gère un stand, qui représente (ou non) son association. Le cercle de football occupera une partie du terrain sportif pour initier les visiteurs au jeu de dribble, le cercle de danse organisera des chorégraphies une fois par heure afin d’exhiber les résultats de leur apprentissage et si un club n’a rien de particulier (ou des difficultés) à se représenter, tels les cercles d’adorateurs de mangas, il pourra toujours vendre de la nourriture ou ouvrir un café dans un thème particulier (maid-café…) proposant des menus originaux. Durant cette foire, plusieurs évènements sont organisés (un stage extérieur pour permettre aux cercles musicaux de jouer, feux d’artifice…), dont le fameux concours de Miss. Signalons que le festival est lui-même organisé par des étudiants, appartenant au Cercle d’Organisation du Gakuen-sai.

Gakuen-saiStand Gakuen-saiStage Gakuen-sai

De la gauche à droite : Ambiance du Gakuen-sai; Un stand de plus près; La scène principale

Vie quotidienne

Finissons cette partie culture en abordant la vie d’un étudiant japonais typique, au travers de sa vie quotidienne.

Baito & Finance

Bien que subventionnés par l’enseignement pour les clubs officiels, les cercles coutent beaucoup d’argent pour les étudiants. Ces dépenses proviennent des Nomi-kai quotidiens (aussi appelé « Compa ») ou des activités supplémentaires telles que les camps d’entraînement. Concernant ce dernier, appelé « Gashuku », cela se passe à la mer ou dans les montagnes, l’université possédant parfois une villa prévue à cet effet. Beaucoup d’étudiants japonais, pour ne pas dire tous, font donc un « baito » (du mot allemand « Arbeit » signifiant le travail) c’est-à-dire un job étudiant durant leurs années d’études. Tout comme les cercles, le milieu du baito est un autre lieu de rencontre entre jeunes d’une même tranche d’âge, cette fois entre étudiants d’universités différentes. La plupart du temps, ce sont des baitos dans la restauration (il existe un nombre hallucinant de restaurants au Japon, voir ici) ou dans les conbinis (plus de détails, ici). La rémunération dépend bien sûr du job, mais également de la ville. En général cela tourne autour de 600 à 1000 yens par heure, soit 5 à 8 euros.

Justement, tant que nous sommes dans les finances, revenons un instant sur les frais scolaires. Nous avons vu que pour un étudiant dans une école privée, l’étude lui coûte à peu près 10.000 euros par an, sans compter le coût de vie. Ces frais ne sont nullement subventionnés par l’État, bien qu’il existe des bourses. Nous allons ici passer les détails, mais précisons simplement que ces bourses sont pour la plupart des prêts, qui doivent être remboursés. Le montant maximal mensuel ou les intérêts dépendent d’une bourse à l’autre, et il va de soi qu’avoir un beau parcours académique donne accès aux aides les plus intéressantes, qui dans des cas exceptionnels ne doivent pas être remboursées. Ainsi, plus d’un jeune diplômé sur trois se retrouve avec une dette, d’environ 25.000 euros, voir le double s’il a poursuivi ses études jusqu’au grade de Master.

Nourriture

Ensuite, la nourriture ! Hormis les banalités telles que manger à la maison avec sa famille ou dans un restaurant à l’extérieur, trois choix particuliers s’ouvrent pour assurer cette fonction vitale :

Gaku-shoku : Gaku désignant l’école et Shoku la nourriture, c’est la cantine universitaire. Il existe plusieurs restaurants au sein d’un campus, de type privé (entretenu par une entreprise extérieure) ou associatif (entretenu par le coopératif de consommation, ou Seikyo en japonais). Les plats sont variés, et sont dans le meilleur des cas « bon marché et délicieux », ou dans le pire des cas « couteux et pas terribles ». Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’est pas nécessaire d’être un étudiant de l’établissement pour fréquenter ces restaurants.

Jisui : C’est un terme pour désigner l’action de cuisiner soi-même et manger à la maison. Tous les étudiants japonais vivant seuls possèdent un cuiseur de riz ainsi qu’un micro-ondes chez eux, de sorte qu’un repas classique se compose d’un bol de riz et un plat, cuisiné ou réchauffé.

Makanai : Les étudiants faisant un baito dans un restaurant (pas tous, mais dans un Izakaya par exemple) ont droit au « Makanai » (du verbe « Makanau », se charger des frais), où le restaurant leur offre un repas, avant ou après le travail. C’est souvent un repas très convivial durant lequel tous les jobistes se retrouvent ensemble autour d’une table, une fois que le restaurant a fermé ses portes.

Intéressons-nous également en quelques mots aux soirées, bien que l’on ait déjà parcouru le sujet avec les Nomi-kai des cercles. À cela s’ajoutent les sorties entre amis et collègues de Baito. Tous ces rassemblements se font exclusivement dans les Izakaya, avec alcool à volonté à la clef. Ou du moins, presque, car il existe également le « Taku-Nomi » (Taku pour la maison, et Nomi du verbe Nomu pour boire), ou les jeunes se rassemblent chez un ami pour picoler. Cependant, on est loin d’un home-party à l’occidental car il n’est pas de coutume de se souler entre amis chez ses parents, et que les kots sont bien trop petits pour pouvoir accueillir plusieurs personnes, comme nous allons le voir dans le paragraphe suivant.

Habitat

Vient donc l’habitat. Nous avons déjà touché quelques mots en début de cet article : beaucoup d’étudiants sortent de leur lieu d’enfance pour étudier dans les grandes villes. Ainsi, la période mars-avril est une période en or pour les agences immobilières, avec ces milliers d’étudiants à la recherche d’un kot. Les prix grimpent exponentiellement lorsqu’on se rapproche du campus, et c’est la raison pour laquelle certains étudiants n’hésitent pas à faire 1 à 2 heures de route en restant dans leur « Jikka » (= maison/famille d’origine). Pour les autres étudiants, ils profitent des vacances pour rentrer dans leur Jikka, et celui-ci lui envoie des colis de riz et de légumes (qui coûtent cher dans les agglomérations) de manière régulière.

Un logement classique pour un étudiant japonais est un appartement d’environ 20 à 25 m^2 , comportant une pièce de 6 jou (qui est très vite rempli en plaçant un lit, un bureau et une table basse), une cuisine située à l’entrée, des toilettes et une salle de bain. Le loyer tourne autour de 40.000 à 100.000 yens par mois.

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De gauche à droite : Gakushoku; Baito dans un Izakaya; Appart typique.

Amour

Enfin, l’amour ! Vous l’aurez deviné, il existe plusieurs grands lieux de rendez-vous : la faculté, les cercles, le baito… Mais ces occasions ne sont jamais suffisantes pour la jeunesse à la recherche des conquêtes. Ainsi, la société japonaise créa le « Gou-kon ». Ce terme diminutif de « Goudou Compa » (Goudou pour « ensemble », Compa du mot anglais company, qui ici est utilisé comme un terme synonyme de Nomi-kai), désigne les soirées où se rassemblent des étudiants et étudiantes à priori inconnus, dans le but de faire connaissance. D’habitude, ce sont deux amis (un garçon et une fille) qui organisent ensemble cette réunion, en faisant chacun appel à leurs ami(e)s de nombre égal. Un Goukon classique se déroule dans un Izakaya ou un Karaoké, où les jeunes se présentent dans un premier temps, pour ensuite boire ou chanter ensemble.

Notons que les Goukon ne sont pas exclusifs aux étudiants. Il existe d’ailleurs également ce que l’on appelle un Machi-kon (Machi pour ville) où ce sont alors des centaines de personnes qui se rassemblent dans l’espoir de rencontrer son âme sœur. De telles festivités sont organisées par des associations privées qui réservent un certain nombre de restaurants, où les participants peuvent se déplacer, manger et boire librement. Il existe même des Izakaya spécialisés en Gou-kon, mais c’est encore une autre histoire (je devrais peut-être écrire un article « Comment rencontrer au Japon », tellement c’est particulier, hmm…).

Pour finir…

La première partie des articles concernant les universités japonaises touchent à sa fin… Rendez-vous dans la seconde partie, où nous nous focaliserons cette fois sur l’étude ! Vous y découvrez comment se passe le Bachelier et le Master au Japon, à travers leur système de crédits, les cours etc. Mais nous n’oublierons pas également le « fun », en se penchant sur l’univers atypique de recherche d’emploi japonaise !

Lexique :

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Baito : Du mot allemand « albeit ». Job étudiant.

Bukatsu : Clubs culturels et sportifs présents dans les lycées. Désigne également les cercles Taiikukai-kei.

Center : Examen national obligatoire pour les étudiants souhaitant aller dans une université publique, facultative pour les écoles privées.

Cercle : Association d’étudiants universitaire ayant pour but de pratiquer une discipline sportive ou culturelle.

Compa : Du mot anglais « company ». Synonyme de Nomi-kai.

Gaku-shoku : Des kanjis « Gaku » (= l’étude) et « Shoku » (= manger). Réfectoire universitaire.

Gakuen-sai : Du terme « Gakuen » (= institution) et kanji « Sai » (= fête). Festivité universitaire se déroulant sur un week-end, animée par les cercles. Chaque cercle présente un stand ou une activité.

Gakusei : Des kanjis « Gaku » (= l’étude) et « Sei » (= vivre). Etudiant.

Gashuku : Camp d’entraînement pratiqué par les cercles durant les vacances scolaires. Ne se limite pas aux associations sportives.

Gou-kon : Du kanji « Gou » (= ensemble) et « kon » provenant de Compa. Rencontre à nombre égal des hommes et femmes à priori inconnus, dans l’objectif de faire connaissance.

Izakaya : Des kanjis « I » (= rester), « Zaka » (= alcool) et « Ya » (= magasin). Type de restauration japonaise dans le but premier est de servir de l’alcool (détail).

Jikka : Des kanji « Ji » (= véritable) et « Ka » (= maison). Peut désigner soit la maison d’enfance, soit les parents y habitant.

Juken : Des kanjis « Ju » (= recevoir) et « Ken » (= examens). Période d’examens d’entrée universitaires.

Manakai : Du verbe « Makanau» (= se charger des frais). Repas offert par le restaurant à ses employés, avant ou après ses heures de travail.

Nomi-kai : Des mots japonais « Nomi » (= boire) et « Kai » (= assemblement). Soirée se déroulant souvent dans les Izakaya, où le but premier est de boire des boissons alcoolisées. Diminutif : « Nomi ».

Seikyo : Diminutif pour désigner le coopératif des consommations

Suisen : Recommandation de la part d’un lycée, pour envoyer un étudiant dans un enseignement supérieur.

Taiikukai-kei : Cercle de discipline sportive officiellement reconnu par l’établissement supérieur.

Sources :

Le site du MEXT (Appellation pour le Ministère d’Éducation, Culture, Sports, Science et Technologie). Une véritable mine d’or d’informations officielles !

Campus magazine, pour les données concernant les bourses et dettes des étudiants.

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