Cloud Gaming : le futur du jeu vidéo ?

cloud© Devianart

 En constante mutation, le marché du jeu vidéo n’a pas fini d’évoluer au fil des années. Une nouvelle technologie, une fois de plus faisable grâce à ce formidable outil qu’est Internet, fait petit à petit son trou et risque d’être incontournable dans un futur plus ou moins proche : le Cloud Gaming.

Cloud Gaming : késako ?

Tout d’abord, qu’est-ce que le Cloud Gaming ? Vous avez certainement déjà entendu parler de différentes technologies en rapport avec le Cloud, et vous en utilisez peut-être même une tous les jours sans vous en rendre compte ! Que cela soit Dropbox, OneDrive, Google Drive ou encore iCloud, tous ces services ont une chose en commun : ils utilisent des systèmes informatiques afin de pouvoir, dans ce cas-ci, stocker vos données à distance, dans « le nuage ».  C’est ce que l’on appelle le Cloud Computing, et l’application que je viens de vous donner n’en est qu’une facette (Storage as a Service) ! Le principe est donc d’utiliser à distance, via une simple connexion Internet, la puissance d’un parc d’ordinateurs.

Le Cloud Gaming ne déroge pas à la règle, en permettant aux utilisateurs de jouer à des jeux vidéo qui ne tournent plus sur leur console localement comme c’est le cas traditionnellement, mais sur des serveurs distants qui jouent le rôle des consoles ! En somme, l’appareil sur lequel vous êtes est en train de jouer n’est plus qu’un intermédiaire qui ne sert qu’à prendre en compte vos commandes et afficher sur votre écran le résultat provenant des serveurs qui s’occupent de faire tourner les jeux en effectuant les calculs nécessaires.  Ainsi, lorsque vous effectuez une action dans le jeu, celle-ci est envoyée aux serveurs, qui vont calculer les interactions résultantes dans le jeu, et vous renvoyer sur votre terminal le flux vidéo correspondant.

Le Cloud Gaming en une image

Le Cloud Gaming en une image

Des avantages et des inconvénients

Pourquoi changerait-on nos habitudes et quel est l’intérêt de faire tourner des jeux sur des serveurs situés à des centaines ou des milliers de kilomètres à la place de nos consoles traditionnelles qui nous sont si chères ? Il y a évidemment plusieurs avantages à adopter cette technologie, tout comme des inconvénients.

Premièrement, le principal avantage est de ne pas demander aux utilisateurs de posséder une machine avec de grosses spécifications techniques, comme c’est le cas habituellement. Tous les calculs étant externalisés sur des serveurs, il n’est plus nécessaire de mettre à jour son PC avec les derniers composants en date, ou bien de racheter une nouvelle console à chaque cycle : il suffit d’un périphérique modeste. Les développeurs ne sont plus bridés et peuvent se donner à coeur joie pour proposer des jeux avec des visuels qui requièrent des machines que peu de gens pourraient se payer. Plus besoin d’avoir des jeux ou consoles physiques, tout est dématérialisé aux yeux du joueur (ce que certains aiment ou n’aiment pas). De cette manière, aucun téléchargement n’est requis, tout est instantané. De plus, il n’est plus utile de faire des mises à jour qui peuvent prendre une éternité, ce n’est plus vous qui vous vous en occupez. Les sauvegardes et autres données sont également stockées à distance, ce qui est pratique pour passer d’une machine à l’autre ou en cas de perte de données (c’est actuellement le cas sur certaines consoles). Ensuite, le fait que les jeux soient stockés dans le nuage permet aux éditeurs et développeurs de ne plus s’inquiéter (à priori) du phénomène de piratage qui les touche habituellement, et ne requiert logiquement plus de DRM et autres vérifications contraignantes pour les honnêtes joueurs.

Tout n’est cependant pas rose au pays du streaming ! Vous l’aurez certainement compris, le réseau est la pierre angulaire du Cloud Gaming … et également son goulot d’étranglement.  Vu que tout passe par le réseau, il faut éviter les phénomènes de latence entre le moment où vous appuyez sur un bouton et l’action résultante dans le jeu. L’information doit subir un sacré voyage : de chez vous, elle doit atteindre les serveurs, être traitée, pour ensuite revenir dans votre appareil, et ce dans un délai extrêmement court. Cela peut poser des problèmes pour les jeux qui demandent beaucoup d’interactivité et où le timing est crucial (FPS, TPS, …). Par conséquent, certains services demandent d’avoir une connexion minimale d’au moins 5 Mb/s pour pouvoir être utilisés dans de bonnes conditions. Et si la connexion n’est pas optimale, le système fait en sorte de réduire la qualité de l’image (compression plus forte, etc.) pour éviter les ralentissements. Cela ne devrait pas trop poser de problème pour ceux qui habitent en ville, contrairement aux personnes habitant dans des zones rurales qui, généralement, ont une connexion Internet plus faible en comparaison. Il est certain qu’une partie des joueurs, minoritaire ou non, est mise sur le côté pour cette raison.
De plus, le Cloud Gaming partage les mêmes inconvénients que la dématérialisation des jeux, à savoir la fin du marché de l’occasion et le fait que vous n’ayez plus aucune propriété sur les jeux. Ainsi, il est judicieux de se demander ce qu’il se passera dans le cas où la firme en charge de l’infrastructure tombe, par exemple, en faillite : aurez-vous toujours accès aux jeux que vous avez achetés ? La dépendance vis-à-vis d’une firme ou d’une technologie n’est jamais une très bonne chose. Il suffit d’évoquer les problèmes qu’ont subis SimCity ou Diablo 3 à leurs lancements respectifs pour se faire une idée. Pour rappel, ces jeux demandent tous deux une connexion aux serveurs afin de pouvoir jouer, ce qui a provoqué une charge beaucoup trop grande pour lesdits serveurs, empêchant ainsi une grande partie des utilisateurs de jouer aux jeux (même pour une partie solo !). Imaginez un instant des serveurs destinés au Cloud Gaming tomber en panne ou incapables de fournir le service adéquat pendant plusieurs heures ou jours …

Le Cloud Gaming aujourd’hui

Actuellement, plusieurs grands acteurs de l’industrie du jeu vidéo sont sur le qui-vive en ce qui concerne le Cloud gaming, preuve que cette technologie a du potentiel pour impacter le paysage vidéoludique.

Le premier système de jeu à la demande qui a fait parler de lui est très certainement OnLive. Ce dernier vous permet de jouer à un catalogue de jeux précis sur toutes sortes de plateformes (PC, tablette, smartphone …) en dehors des consoles, qui se réservent leur propre solution. Fondée en 2003, la société n’a néanmoins pas rencontré le succès escompté, comme en témoigne le nombre important de licenciement opéré en 2012 et le rachat de la firme par une société jusque là inconnue. Le groupe de télécommunications belge Belgacom avait passé en 2010 un accord avec OnLive et investi 23 millions d’euros pour proposer en 2012 le service de Cloud Gaming à ses clients dans un abonnement. Un accord qui s’est révélé être une perte,  le changement de société impliquant la perte des actions pour les investisseurs de la précédente société. Je n’ai par ailleurs pas retrouvé de trace de cet abonnement sur le site de Belgacom.

L’une des nouvelles qui a fait grand bruit en juillet 2012 fut le rachat de la société Gaikai, spécialisée dans le domaine du Cloud Gaming, par Sony pour 380 millions de dollars. Depuis lors, nous n’avions pas eu beaucoup de nouvelles, si ce n’est des suppositions, jusqu’à récemment, avec l’officialisation du service Playstation Now. Ce dernier va permettre à terme de jouer en streaming aux jeux du catalogue de Sony, que ça soit sur la PS3, PS4, PS Vita, les téléviseurs Bravia, ou d’autres appareils d’une autre marque. Le service est actuellement en bêta aux Etats-Unis et devrait être disponible si tout va bien sur ce même continent en été.

Cloud Gaming

Jouer à n’importe quel jeu sur n’importe quelle machine, bientôt une réalité ? (illustration : Gaikai)

Microsoft, le géant dans le domaine de l’informatique, ne comptait bien évidemment pas rester les bras croisés, et a précédemment tenté d’expliquer comment le Cloud allait intervenir sur sa petite dernière, la Xbox One. J’ai utilisé le mot « tenté », car pour le moment cela reste encore assez vague dans la pratique. Contrairement à OnLive ou au Playstation Now, Microsoft ne propose pas du streaming de jeu aux joueurs. L’approche est assez différente. En effet, le principe est que les développeurs utilisent la puissance des différents data-centers (du Cloud computing, donc) dispersés dans le monde, pour alléger la console lors de certains calculs, ne limitant pas les développeurs à la configuration statique de la Xbox One. C’est en tout cas ce que promet Microsoft, nous attendons encore de voir des applications ou des jeux qui en tirent pleinement parti. De plus, des serveurs dédiés sont proposés pour les modes multi-joueurs de certains jeux, afin d’éviter les malheureux temps de latence ou lags.

Le Cloud Gaming n’intéresse pas uniquement que les acteurs du jeu vidéo. Depuis maintenant quelques années, différents fournisseurs d’accès Internet tels que SFR ou Orange proposent un catalogue de jeux jouables à la demande par le biais de leur box. L’intérêt ici est de valoriser leur réseau, en montrant que celui-ci est assez performant pour du jeu en streaming, et proposer à ses clients du divertissement.

Si tout le monde semble conquis par le système de jeu à la demande, ce n’est pas vraiment le cas de Nintendo. L’année passée, la firme japonaise a affirmé qu’elle ne concevait pas que les joueurs subissent un phénomène de latence en jouant, tout en admettant que certains jeux se prêtent bien au Cloud Gaming. Pour Satoru Iwata, la technologie n’a pas bien été communiquée au public. N’oublions pas que Nintendo est assez frileux dans ce domaine, et le Cloud Gaming ne fait bien évidemment par leur affaire en tant que constructeur. Il sera intéressant de savoir si leur avis a changé dans les mois à venir, sachant comment Sony et Microsoft ont bougé leurs pions.

Un avenir radieux ?

Le Cloud Gaming, la technologie de demain ? Impossible de donner une réponse catégorique aujourd’hui, mais il n’est pas fou de penser qu’on jouera dans le futur grâce au Cloud Gaming, en tant que service complémentaire ou non. Jouer à ses jeux vidéo préférés n’importe où (tant que l’on a une bonne connexion Internet) et avec n’importe quelle machine représente, il est vrai, un certain confort. Néanmoins, les joueurs seront-ils prêts à abandonner les consoles et jeux physiques pour se mettre au tout dématérialisé ? Les principaux constructeurs devront également se reconvertir et changer leur modèle économique en conséquence pour, peut-être, proposer leur propre service.
Quoiqu’il en soit, c’est une technologie qui ne peut qu’évoluer au fil du temps et qui est à surveiller de (très) près !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.