Critique : Bakuman

Aout 2008.

Alors que les cigales suffoquaient à cause de la chaleur étouffante de l’été, je me trouvais allongé dans la chambre, fuyant le soleil, profitant au maximum de cette magnifique invention qu’était le tatami. Tout d’un coup, mon père assis à côté de moi cria : “Waouh mais il dessine vachement bien ce mec, c’est clairement celui qui a le plus beau dessin dans ceJump !” (définition du Jump : ici) et me montra le magazine qu’il avait en main. C’est ainsi que je découvris Bakuman

Et il est vrai que la première chose qui frappe lorsqu’on lit Bakuman est sa qualité visuelle. Bien qu’il n’ait pas un style hors du commun, le manga est dessiné très soigneusement, que cela soit le background, les personnages ou encore leurs vêtements. Mais quelque part, ce travail “doit” être irréprochable. En effet, derrière Bakuman se cachent non un, mais deux auteurs : Obata Takeshi, s’occupant des dessins et Ôba Tsugumi qui quant à lui endosse le rôle du scénariste.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Tout simplement que le dessinateur et le scénariste peuvent se concentrer uniquement sur leur travail respectif. Ceci paraît évident mais a une énorme importance : habituellement le manga-ka s’occupe seul (ou presque car il est tout de même aidé par ses assistants et ses rédacteurs) du scénario et des dessins. La première chose à laquelle il pense étant le scénario, le temps qu’il passe dessus est primordial et est répercuté sur le travail restant. Soit il a l’inspiration et parvient à écrire quelque chose de convenable pour ensuite passer aux illustrations, soit il réfléchit jours et nuits pour finalement se retrouver avec un temps réduit pour les dessins. Pour des manga-ka publiant dans un magazine hebdomadaire, ils n’ont seulement qu’une semaine pour dessiner un chapitre de 19 pages.

Revenons-en à nos deux artistes. Ces noms ne vous évoquent rien ? En fait, Obata et Ôba sont les auteurs de Death Note, ce succès mondial publié il y a quelques années. Obata a notamment travaillé avec le scénariste Hotta Yumi, dans Hikaru no Go.

Je pense que tout le monde connait l’incroyable œuvre qu’est Death Note, ce thriller psychologique avec des retournements de situation non-stop. Et bien, Bakuman c’est pareil. C’est un pur coup de génie avec des retournements de situations à en couper le souffle. Sauf que là, il n’y a ni cahier de la mort, ni shinigamis, ni même des assassinats ou criminels. Tout ce qu’il y a dans Bakuman est un cahier rempli de croquis, des rêves, et surtout de l’espoir.

Un cahier blanc

Moritaka Mashiro (alias Saikô) est un lycéen ordinaire qui, déjà à son âge, voit sa vie toute tracée : sortir du collège, entrer dans un lycée pour ensuite aller dans une université ordinaire, et finir comme salarié dans une entreprise banale. Si il veut travailler dans une entreprise, c’est seulement pour ne pas faire de la peine à ses parents en restant sans emploi. Il pense également que pour avoir un poste élevé dans une entreprise, il faut déjà avoir travaillé dur dans l’enfance et obtenir un certain résultat scolaire, ou du moins une réputation. C’est la raison pour laquelle il n’a aucune ambition quant à son avenir : pour lui, les dès sont déjà lancés … Bien que dans l’enfance il rêvait de devenir manga-ka, influencé par son oncle qui en était un, il avait abandonné son rêve après le décès de cet être qui lui était si cher, diagnostiqué comme mort de fatigue.

Et leur carrière débuta !

Pourtant, sa vie bascule lorsque Takagi Akito (alias Shujin), camarade de classe et l’un des plus brillant étudiant de l’école, lui propose de devenir manga-ka. Takagi avait effectivement découvert le talent d’artiste qui se cachait en Mashiro, et voyait en lui le partenaire idéal pour former un duo. Mashiro s’occuperait alors des dessins et Takagi du scénario. Bien que Mashiro refusa au départ, il apprit un jour qu’Azuki Miho, une fille de sa classe dont il est secrètement amoureux, rêvait de devenir interprète de voix pour animés. Après une déclaration d’amour imprévue, Azuki et Mashiro finissent par se promettre qu’ils se marieraient lorsqu’une œuvre de Mashiro sera adaptée en animé et qu’Azuki y figurera en tant que doubleuse.

Bakuman est donc ce qu’on appelle une “succes story” : une histoire presque biographique, sur des personnages ordinaires narrant leur vie professionnelle, du début de leur carrière jusqu’à leur réussite. Mais jusqu’alors ces mangas-là étaient plutôt réservés à la catégorie seinen, pour la maturité nécessaire à… Suivre le scénario (du moins pour mon cas personnel… J’ai du mal à m’intéresser à l’histoire d’un trader qui réussit dans la finance parce qu’il SAIT quand il doit vendre ses actions). Si toutefois Bakuman a pu s’imposer dans un magazine tel que le Jump, c’est parce qu’il lève le voile sur les manga-ka, ces êtres mystérieux, qui nous offrent tant de rêves mais dont nul ne connaît leur réelle identité.

Bakuman et le Jump

Un plaisir de retrouver des références connues

Ainsi, si vous vous êtes toujours posés des questions telles que “Pourquoi Shaman King a une fin aussi bâclée ?!” ou encore “Pourquoi l’auteur de HunterxHunter peut se permettre des vacances de 2 ans ?”, et bien ces réponses-là, vous les trouverez dans Bakuman. Ce manga est une véritable mine d’informations avec des documents à l’appui et parfois même des statistiques.

De plus, étant donné que Bakuman est publié dans le Jump, les auteurs peuvent se permettre des références vis à vis des autres mangas publiés dans celui-ci. On retrouve donc une multitude de clins d’œil envers One Piece ou Naruto disséminés ici et là. On peut même retrouver des personnages existant dans la vie réelle apparaître dans le manga (ex. Les rédacteurs de Jump, ou encore Oda Eiichiro, auteur de One Piece). Une vraie mise en abyme donc. Et il faut avouer que repérer ainsi certaines références au cours d’une lecture, ça fait toujours plaisir. Et Ôba ne s’arrête pas là, puisqu’il n’hésite pas à critiquer ouvertement (par le biais des personnages) certain système mise en place au sein de la rédaction du Jump, comme par exemple le système de sondage. Un manga qui critique son éditeur, on aura tout vu…

Baku-Love ?

Mais Bakuman, c’est aussi une histoire d’amour. Ou plutôt… Des histoires d’amours. Et c’est bien là le problème.

Bakuman
Un bon exemple de passage “niai” !

D’abord il faut savoir que ces histoires d’amours sont vraiment nunuches. Que cela soit la promesse entre Mashiro et Azuki, du genre : “On se mariera quand nos rêves se réaliseront. Mais jusqu’à ce jour-là, je ne veux pas qu’on se voit” ou encore le “Je ne veux pas que les autres mecs te voient en maillot de bain” autant avouer que ça ne vole jamais très haut. Bon, je ne demande pas non plus à ce qu’on ait du niveau d’un Honey & Clover, mais quand même quoi ! Là j’en deviens rouge de honte à la lecture ! (Peut-être est-ce moi qui me mets trop dans la peau des personnages ?). Certes, si il n’y avait que l’histoire d’amour entre Mashiro et Azuki, ou encore celle de Takagi, j’aurais pu fermer les yeux. Mais là, tout le monde y passe ! Je ne m’étalerai pas sur les détails pour éviter les spoils, mais je peux vous assurer qu’à chaque tome il y a au moins une histoire à l’eau de rose. A y réfléchir de plus près, peut-être est-ce une décision prise par la rédaction afin de gagner quelques lectrices ? Je n’en sais rien, mais ça sent le complot !

Ceci est d’autant plus déplaisant dans le sens où Bakuman est un manga plutôt rapide, avec un bon tempo, où les événements s’enchaînent sans jamais s’arrêter. Et ces histoires d’amours cassent souvent le rythme, et de manière assez brutale.

Par ailleurs, si je disais dans l’introduction que Bakuman était “un pur coup de génie avec des retournements de situations à en couper le souffle”, c’est en partie grâce à cette progression rythmée de l’intrigue principale. A première vue, avoir des retournements de situations pour un scénario pareil peut paraître difficile mais il en est rien. Le scénariste Ôba nous étonne à chaque chapitre. Il sait comment faire progresser l’intrigue, et le fait avec brio sans jamais s’en écarter.

Conclusion

On peut dire, sans aucune hésitation, que Bakuman est le plus gros hit de Jump de ces quatre dernières années (en tant que nouvelle série). Avec un dessin soigné et un scénario en béton, les lecteurs prendront vite plaisir à s’immerger dans le manga, ne fût-ce que pour en savoir plus sur le destin des deux protagonistes et l’envie de découvrir le métier de manga-ka. Si il y a toutes fois un point à reprocher, c’est bien le côté niais des histoires d’amours entre les héros. Bien qu’il paraisse atypique comme genre de manga shônen, Bakuman exploite pourtant les 3 slogans primordiaux pour une œuvre du Jump : “Victoire”, “Effort” et “Amitié”, et c’est un immense plaisir de les retrouver dans autre chose qu’un manga où tout le monde se frappe dessus …

Titre : Bakuman
Auteurs :Ôba Tsugumi (scénario)
Obata Takeshi (dessin)
Publié par :Shueisha (Japon)
Kana (France)
Adaptation Anime :Oui. En cours.
Tomes parus (à la date de publication de l'article) : 11 (Japon); 5 (France)

  1. Très bon article, je trouve que tu détailles bien les aspects assez peu ordinaires de ce manga.

    Dommage que tu ne parles pas de l’animé, il est aussi très bon, et je trouve qu’il fait bien passer les émotions des héros, ce que le manga peine parfois faire à certains moments.

    1. Je dois t’avouer que j’ai toujours eu du mal à regarder un anime adapté d’un manga… Certainement parce que j’ai trop tendance à comparer les deux versions et pars du principe (certainement faux) que la version originale est meilleure…

      Mais j’essaierai d’y remédier ! Merci pour le conseil 😀

      1. Je suis clairement de ton avis, peu d’animé adaptés de mangas ont mon estime. One Piece fait parti des rares par exemple. Toutefois, l’animé de Bakuman, une fois passé le premier épisode un peu lent, prend réellement de l’ampleur.

        Je te le conseille 🙂

  2. Oui, très bon manga, et très bon animé.
    Un character design exceptionnel, un sénar excellent (mis à part peu être le coté romance, un peu niais c’est vrai… peut être pour insisté sur le coté “tranche de vie” ?) Mais ce qui me reste le plus de ce manga, c’est ce sentiment de monter un projet entre amis, de se donner à fond, qui plus est dans le manga. Je pense aussi qu’Ôba Tsugumi et Obata Takeshi voulait redonner un peu de dignité au métier de mangaka, surtout en occident, où l’on considère ça plus comme de la BD industrielle aseptisée.

    Sinon, pour débattre sur les adaptions de manga en animé, il ne faut jamais hésiter à regarder ! Par exemple (si je ne me souviens bien…), la série Vision d’Escaflowne est magnifique en animé, alors qu’en manga…
    Après c’est vrai que l’industrie de l’animation japonaise fait parfois des boulettes comme l’animé de Claymore, magnifique, mais avec une fin en queue de poisson.
    Faut dire que l’animé (à moins d’être une création originale) sert plus de moteur à la version papier dans l’optique de promouvoir cette dernière, plus facile à produire et moins coûteux qu’une série animée.

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