JEB 2012 : Interview de Tôru Fujisawa (GTO)

Cette deuxième édition de la Japan Expo Belgium a été une occasion pour vous livrer notre première interview made in Denshift, et pas l’une des moindres, puisqu’il s’agit de Tôru Fujisawa que nous avons eu l’honneur de rencontrer ! Pour rappel, Fujisawa est l’auteur du manga à succès GTO, mais aussi de nombres autres œuvres, que nous vous laissons découvrir dans la biographie ci-dessous.

[alert-announce] Fujisawa Tôru est un auteur de manga japonais, né en 1967. Il est connu pour son œuvre à succès GTO, qui met en scène un ancien Yankee devenu professeur, Onizuka. Ce dernier va aider ses élèves dans leurs problèmes à sa propre manière, avec des méthodes pas toujours respectables mais terriblement efficaces. Véritable phénomène au Japon mais aussi dans le monde entier, GTO connaîtra une suite (Shônan 14 Days), publiée dix ans après la fin du premier opus, mais aussi plusieurs spin-off tels que GTR ou Inohead Gargoyle, tous deux actuellement en publication chez Kôdansha. Mais le génie de Fujisawa ne s’arrête pas là puisqu’il est aussi le père de nombreuses autres œuvres telles que Tokko ou Reverend D. [/alert-announce]

L’interview s’est déroulée en table ronde avec les sites Couple of Pixels, Japanbar et PXLBBQ.

Q. Pouvez-vous vous présenter à la manière d’Onizuka ?

TF : [rires] Je viens du Japon, je m’appelle Toru Fujisawa, enchanté. [lève son poing en l’air]

Q. À quel âge avez-vous commencé à dessiner ?

A. J’ai commencé lorsque j’étais à l’école primaire. À l’époque, je dessinais tout ce qui passait à la télévision, que cela soit les « Tokusatsu » comme Power Ranger, Kamen Rider ou les dessins animés tels que Mazinger Z. Tout ce que je voyais, j’essayais de les redessiner.

Q. Pouvez-nous décrire votre vie de manga-ka ?

TF : Ma journée commence avec un réveil à 9h. On commence à travailler vers 10h, l’heure à laquelle mes assistants me rejoignent. Je travaille d’abord sur le scénario, où j’écris mon texte sur un « word processor ». Une fois cela fait, je le montre à mon éditeur. Celui-ci me donne des conseils sur ce qu’il faut changer,  ce qui est intéressant et qu’il faudrait plus développer, etc. On travaille ensemble pour que le chapitre soit le plus abouti. Une fois cette étape finie, on passe au dessin. Je commence par un shitagaki, le crayonné, après quoi je dessine au propre ces personnages. Pendant que je travaille sur ces parties, mes assistants eux s’occupent du décor comme les chaises, les tables, mais aussi les immeubles. Le travail final est de placer le tout ensemble, mettre les personnages dans le décor, via ordinateur.

Q. GTO est votre œuvre majeur, qu’est-ce qui vous a inspiré pour écrire cette série ? 

TF : GTO vient d’un désir de faire une suite à Shônan Junai-Gumi, une œuvre connue sous le nom de Young GTO en occident, qui a  été écrite bien avant GTO. Je voulais reprendre ce personnage qu’est Onizuka, un voyou, en le plaçant dans une situation totalement opposée à ce qu’on pouvait imaginer de lui. En effet, il va se retrouver dans la peau d’enseignant, un métier respecté etrespectable loin des bagarres et des conflits des Yankees. J’ai donc trouvé intéressant de mettre un ancien voyou, tête brulée, dans ce cadre-là, le voir comment il allait changer les choses, s’occuper des jeunes qui reflètent sa propre jeunesse.

Q. Quel type d’élève étiez-vous à l’école ? Quel personnage vous situez-vous dans GTO ?

TF : Si je devais choisir un personnage, je crois que je m’approcherais de Saejima. Je n’étais pas un bon élève à l’école. Je n’allais pas au cours, je n’écoutais pas ce que les professeurs me disaient de faire, je ramenais des bouquins pornos au lycée. Bref, je n’étais pas un élève très agréable à avoir pour un professeur quoi.

Q. Vous avez rédigé une suite à GTO. Est-ce votre volonté ou celle des éditeurs ?

TF : En fait, c’est un petit peu les deux. J’avais aussi envie de revenir à l’univers de GTO, mais il y avait aussi une envie des fans et bien sûr de l’éditeur. Le contexte était donc propice pour développer une suite. Il faut savoir que Shônan 14 Days n’était pas censé devenir une série, mais seulement un volume simple, sauf qu’on a pris tellement de plaisir à replonger dans l’univers d’Onizuka que ça a fini par faire 9 tomes.

Q. Onizuka est réputé pour ses grimaces. Avez-vous un secret pour les dessiner ?

TF : [rires] Je prends mon petit miroir et je fais des expériences sur moi-même avec des grimaces, oui. Des fois il y a mes assistants qui me voient c’est un peu la honte, mais bon …

Q. On retrouve souvent des yakuzas dans vos œuvres. Auriez-vous un fantasme envers les yakuzas ?

TF : Je n’ai pas envie de devenir yakuza, non. …mais si jamais je n’ai plus de succès comme manga-ka, il faudra que j’y réfléchisse. [rires]

Q. Le système éducatif est souvent mis à mal dans vos mangas, les élèves, les professeurs, l’association des parents, est-ce l’une de vos préoccupations ? Est-ce que vous pensez que les méthodes de Onizuka en seraient une solution ?

TF : Les sujets que j’aborde sont des sujets qui étaient d’actualité à l’époque où j’écrivais GTO, ont toujours des problèmes dans l’éducation au Japon. Certains sont des problèmes basiques et importants qui ont souvent été référencés dans les médias. Et je pense que ce manga a eu une certaine influence sur les jeunes qui l’ont lu, et qui voulaient devenir professeur ; en s’inspirant de Onizuka et vouloir changer les choses. Ce n’est peut-être pas la solution, mais au moins une solution à ces problèmes que peuvent rencontrer les lycéens.

Q. Avec l’avènement des smartphones, des tablettes et autres technologies tactiles, on parle beaucoup du dématérialisé. Que pensez-vous des mangas portés à l’écran ?

TF : Le marché digital du dématérialisé au Japon existe peut-être, mais est en retard par rapport à l’Occident. Mais je pense que ce qui est intéressant est qu’on permette l’accès à des médias de la culture au monde entier en même temps, effaçant le décalage temporaire qu’existait entre publications papier et l’arrivée sur un autre continent. C’est bien ça je trouve le point le plus intéressant : l’absence du décalage temporel.

Q. Un nouveau drama de GTO, qui s’est terminé il y a peu, a vu le jour cette année.  Qu’avez-vous pensé du casting et du scénario ?

TF : La deuxième série live de GTO a accueilli comme acteur dans le rôle de Onizuka, Akira de Exile, qui est un grand fan de la série Young GTO. La première série était également très bien, mais j’ai vraiment apprécié l’effort qu’il a fait pour appréhender le personnage (coupe de cheveux, teinture, …) pour se rapprocher le plus du personnage original.

Et puis j’ai également eu mon mot à dire pour le casting et le scénario. J’ai tenu par exemple à ce que le sous-directeur Uchiyamada soit chauve, ce qui n’était pas le cas de la première adaptation. Et ils ont choisi un acteur chauve, donc c’était parfait !

Q. Est-ce que vous écoutez de la musique durant vos créations ? Si vous deviez caractériser GTO par un groupe, quel serait-il ? 

TF : Quand je travaille, comme c’est assez fatigant j’aime bien écouter des groupes féminins, les douces voix de ses jeunes filles me soignent spirituellement.

[Après un long moment de réflexion] Pour GTO, je dirais Daft Punk.

Q. Dans vos mangas, les filles sont souvent plus mauvaises que les garçons, et Onizuka subit leur sort. Est-ce que vous aurez un message particulier à faire passer à travers cela ?

TF : Non pas de message particulier, mais comme Onizuka a un faible pour la gent féminine, c’est évident que ce sont ces personnages qui vont essayer de tirer parti de lui et de le mener par le bout de la baguette. C’est plus pour créer une trame dans l’histoire, et non pas pour un message caché.

Q. Pensez-vous qu’un Occidental puisse devenir un manga-ka. Si oui, ou non, quels seraient les critères pour en devenir un ?

TF : Oui, je pense que c’est possible de devenir mangaka même si vous êtes européen. Par contre, c’est vrai que c’est très différent des bandes dessinées par exemple. Dans les BD j’ai remarqué que dans une case on a beaucoup plus de texte, beaucoup plus d’explications, alors que dans un manga on a un style plus cinématographique, plus rapide, avec en général une phrase par bulle, de la « vitesse » en gros. La difficulté ne vient donc pas du dessin, mais de la mise en scène, de la disposition des cases et des bulles. Je pense que si les auteurs arrivent à avoir cet effet de vitesse, ce style, il est possible d’avoir du succès au Japon en tant que manga-ka.

Q. Comment s’est passée votre collaboration avec Kobayashi Yuji sur Gaban ?

TF : Cet automne sort en effet le film Inspecteur Gaban, où j’ai travaillé avec Monsieur Kobayashi, le scénariste. Moi je m’occupe plus de tout ce qui est du découpage et du story-board. Vous pouvez même lire la version manga, les six premiers chapitres sont disponibles sur le net donc je vous invite à y jeter un œil.

Q. À force de faire des spins off comme GTR ou Inohead Gargoyl, n’avez-vous pas peur de perdre votre lectorat, en attente d’une vraie suite à GTO ?

TF : Oui je suppose que certains sont déçus de ne pas avoir la suite de GTO mais en tout cas Inohead Gargoyle, publié dans le Shônen Magazine, connaît beaucoup de succès au Japon, c’est un manga très drôle, et les lecteurs sont très ravis, l’éditeur derrière vous pourra confirmer ce succès.

Q. Quels sont vos projets futurs ?

TF : Pour l’instant mon activité principale est concentrée sur Inohead Gargoyle. Pour des raisons personnelles et par manque de temps, GTR va maintenant passer en publication mensuelle, mais la série va continuer. Après, je travaille aussi sur une possible suite à Tokko, c’est un projet sur lequel je suis penché en ce moment. Il y a aussi un  spin-off de Revelant-D qui est en cours au Japon.  Enfin, j’espère pouvoir me pencher sur la suite de l’histoire principale de GTO d’ici un an ou deux.

Q. Y a-t-il des animes prévus sur les autres séries ?

TF :  Demandez au bonhomme derrière [NDLR : l’éditeur], mais Inohead Gargoyle est un peu trop vulgaire et axé sur la gent féminine pour que ce soit adapté un jour, je pense. [rires]

Merci à vous pour l’interview !

 

Voici une sélection des autres questions (les plus épiques !) qui ont été posées ce samedi par le public pendant la conférence tenue par Tôru Fujisawa.

Q. N’avez-vous pas parfois des conflits avec votre éditeur, notamment sur le côté pervers de la série ? Car il y a des fois c’est vraiment osé !

TF : Non aucun problème avec l’éditeur, puisqu’il est tout aussi cochon ! [rire général]

Q. Que pensez-vous de la bière belge ?

TF : Ce sont les meilleures !

Q. Jusqu’à quand Onizuka restera-t-il puceau ?

TF : Oh ça nul ne le sait …  À moins qu’une fille dans la salle se présente ?