Les femmes dans les mangas : Analyse

Nunuche, niaise, amoureuse, belle, érotique…

Les adjectifs stéréotypés pour les personnages féminins dans les mangas ne manquent pas. Mais d’où viennent justement ces qualifications, souvent péjoratives, et sont-elles si vraies que cela ? Nous allons tenter ici d’élucider les caractères et rôles des filles à travers les divers genres de manga ; shônen, shôjo et seinen (perdu dans tous ces termes ? Jetez un coup d’œil sur cet article !), en se basant sur les quelques 150 héroïnes tirées des oeuvres que j’ai pu lire jusqu’à présent. Je tiens tout de même à préciser que tout ceci n’est qu’une analyse personnelle et que toute critique est la bienvenue !

D’abord, pourquoi tous ces personnages sont-ils qualifiés de manière péjorative ? Car il faut avouer que cette tendance est moins présente chez les protagonistes masculins, ou bien qu’on associe des personnalités clichées, elles restent moins dépréciatives. En effet, on dira souvent d’un héros qu’il est courageux, fort, drôle, amical mais jamais qu’il ne sert à rien ou que c’est une « femmelette ». En fait, cet adjectif qualifie parfaitement l’image que nous avons de ces héroïnes. Alors, les mangas à l’origine du sexisme ? Nous reviendrons plus tard sur ce débat, après analyse des mangas.

Leurs rôles

Commençons par le shônen. Pour rappel, cette catégorie de manga est avant tout destinée au jeune public masculin et a pour but de les faire « rêver ». C’est donc sans surprise que l’on retrouve des jeunes personnages charismatiques, puissants, qui évoluent tant au niveau physique que moral à chaque épisode. Et les filles ne font pas exception puisque la plupart d’entre-elles (environ 1/4) détiennent une force hors du commun. Pourtant ce n’est pas ces pouvoirs qui leur empêchent d’avoir la « Princesse Peach-attitude », c’est-à-dire être au centre des mésaventures, bien souvent comme une otage ou prisonnière. En effet ces filles, bien qu’extraordinaires vis-à-vis du commun des mortels, restent sans défense face au grand méchant maléfique. Ce qui est quelque part logique car le big boss doit toujours être combattu par le héros et personne d’autre. Or des héroïnes, il n’y en a pas beaucoup dans les shônens. On en retrouve seulement quelques-unes telles que Kuro dans Kurokami, Medaka dans Medaka Box ou Makina dans Shikabane-Hime. Mais alors à quoi servent-elles ? En fait, ces filles ont bien souvent les rôles les plus importants pour l’avancement du manga : soit elles entraînent le héros dans le monde du fantastique, soit elles jouent un rôle clef dans la trame principale. Les parfaits exemples sont Rukia dans Bleach, qui initiera le héros, Ichigo, à devenir un Shinigami ou Yuya dans Samurai Deeper Kyo, scellant un mystère qui sera dévoilé au fil de l’aventure. Ces personnes sont véritablement indispensables, dans le sens où elles démarrent le manga et sont à l’origine des principaux rebondissements dans le scénario.

Poursuivons avec le seinen. Le seinen se différencie du shônen pour la simple et bonne raison qu’il a une réelle diversification dans ses genres de manga. Ainsi, alors que beaucoup de shônen raconte une épopée avec des combats prodigieux, on retrouvera plus facilement dans le seinen des histoires de la vie, des thrillers, comédies etc. Dès lors, il est normal de retrouver plus de personnages principaux féminins comme par exemple Kanna dans 20th Century Boy, Nao dans Liar Game, Meiko dans Solanin, Hotori dans Soredemo Machi wa Mawatteiru. Il est intéressant de souligner que si l’on ne considérerait que les mangas d’action/aventure, on retombe sur des cas très similaires au shônen, avec des filles remplissant le rôle clef dans le scénario (Tenjo Tenge), avec une Peach-attitude (Gantz) ou ayant comme tâche d’induire le héros dans un univers inconnu (Black Lagoon).

Dès le moment où le public principal des shônens et seinen est masculin, il est normal de retrouver du « fan service » ou encore de « l’apport d’érotisme » dans les œuvres. Il existe divers moyens de manifester le ero (= le côté pervers), comme les scènes de bain ou les pan-chiras pour ne citer que les plus connues. Mais cet apport est d’autant plus appréciable si les filles ont quelque chose à montrer. Pas étonnant donc de retrouver des personnages toujours très bien proportionnés.

Leurs caractères

Plutôt que de parler des clichés en général (que l’on retrouve le plus souvent dans les shônens), tels que la fille calme qui ne parle pas beaucoup mais qui est super balèze, ou la fille super sociale qui n’arrête pas de se faire enlever, je vais m’exprimer ici sur quelques personnalités très précises. Commençons par un cas qui m’a particulièrement frappé, celui de l’ignorance couplé à la découverte. En effet, il y a énormément de personnages exclusivement féminins (ou presque) qui vivent dans l’ignorance de la vie sociale. Que cela soit Chii dans Chobits, Eve dans Black Cat, Eureka dans Eureka Seven ou Ikaros dans Sora no Otoshimono, ces personnes ne connaissent rien sur l’univers qui les entoure et parfois même sur certains sentiments basiques qu’elles éprouvent. D’ailleurs c’est souvent le héros qui leurs apprend ce qu’est la vie, le vieux coup classique étant que la jeune fille finit par tomber amoureuse de celui-ci. Le but d’introduire ce genre de personnalité est bien sûr de montrer l’ignorance des femmes d’attirer une compassion de la part du lecteur, et promouvoir le moe. Bah oui, une fille qui met un sac poubelle sur sa tête parce qu’elle ne sait pas à quoi ça sert, c’est forcément kawaii !

Poursuivons justement sur l’importance des notions amoureuses. Car pas de filles, pas d’histoire d’amour (enfin, si mais c’est assez rare dans les mangas) ! L’amour (lorsqu’il y en a, et c’est souvent le cas : environ 1/3 des shonen/seinen) est souvent abordé de deux manières. Soit il a une place importante pour le manga à proprement parler ; Comme dans Gantz ou 81 Diver. Ou bien il n’a pas ou peu d’importance (seulement dans une partie de l’histoire, un arc, par exemple). Dès lors, ces sentiments sont plutôt un paramètre à tenir en compte pour le personnage. C’est ce qu’on retrouve dans Naruto ou Full Metal Alchimist. Mais les auteurs s’aventurent rarement dans les détails de ces sentiments, et tout cet aspect reste très superficiel. Les sentiments amoureux restent effectivement quelque chose d’assez délicats à traiter pour les manga-kas, d’abord parce que cela peut vite tomber dans le ridicule et ensuite à cause d’un public qui pourrait être expérimenté, et donc intransigeant, en la matière.

…Et le shôjo dans tout ça ?

Pourtant, il existe bien une catégorie de manga qui traite principalement sur les relations amoureuses, le shôjo. Et c’est bien cette catégorie qui a connu la plus grande évolution au cours de l’histoire. En effet, lors de l’essor du shôjo dans les années 70, on retrouvait énormément de manga avec des héroïnes représentées comme la femme au foyer parfaite. Faire le nettoyage, infuser un thé pour son papa ou encore préparer le dîner, ces jeunes filles âgées d’une quinzaine d’années à peine trouvaient leur bonheur dans le ménage. Cette idée sera abolie (ou du moins se verra plus rare) quelques années plus tard, avec l’épanouissement du féminisme en occident. On préférera alors montrer une fille compétente dans le milieu scolaire et non plus dans le ménager. Cet événement historique n’eut quasiment pas d’impact sur les shônens où l’on met au second plan la vie domestique des personnages.

Conclusion

Alors, le manga encourage-t-il le sexisme ? Je pense que oui, du moins pour les mangas qui sont les plus connus et lus c’est-à-dire ceux destinés aux adolescents. Il suffit d’étudier les comportements des personnages dans la vie sociale pour s’en rendre compte. Prenons le cas de Bakuman, où j’ai eu le plaisir d’écrire une critique. On retrouve dans ce manga deux héroïnes, totalement opposées, et si bien stéréotypées. D’une part Azuki, l’idéale japonaise : belle, cheveux noirs lisses, intelligente mais pas trop, fidèle et timide. D’autre part, Kaya, qui bien que sympathique, gentille, pleine d’énergie, et drôle, mais qui une fois mariée, trouvera son bonheur uniquement dans celui de son homme. Et si on prend un shôjo, comme Kaityou wa Meido-sama, on retrouve une fille sociale, douée en sport et étude, porte-parole des filles de sa classe. Au vue de ces quelques exemples représentatifs, je pense qu’on peut en tirer que ces personnages féminins sont le reflet même des fantasmes japonais.

Pour ce qui en est des mangas à public plus mature, cela dépend du genre de manga dont on a affaire. Ainsi, dans les mangas d’action/aventure, on retrouvera toujours ces personnages à fortes poitrines, dénudées, ou follement amoureuse du héros. Tandis que dans d’autres catégories, on retrouvera des filles pensives, avec une faiblesse, perdue, ou tout simplement ordinaire.

Une question se pose alors. Ne pourrait-on pas dire de même pour les personnages masculins ? Je ne le pense pas. A mon regard il existe bien une nuance primordiale entre le statut des deux genres. Alors que les personnages féminins font fantasmer les lecteurs, les personnages masculins, eux, les font rêver. Inutile de dire lequel est plus malsain que l’autre. Le fantasme, c’est le désir, et les femmes sont là pour les combler. Aujourd’hui, on a créé un terme pour désigner le cas extrême de cette tendance : le moe.

Pour finir cet article, j’aimerais citer quelques personnages. Il y a Misa, dans Death Note, une soumise on ne peut plus masochiste. Kanako dans Maria†Holic, lesbienne et allergique aux hommes. Et enfin, Miyu de Watashi no Ouchi wa Honya-san, vendeuse dans une librairie porno, âgée de 10 ans. Alors… Qui a dit que les filles dans les mangas c’était cliché ?

  1. Bonjour!

    Je suis tombé sur votre article par hazard sur le web, enfin par hazard, c’est un peu mentir car en réalité je cherchait quelques informations concernant l’image de la femme dans les bande dessinée en général (comics, belge, manga…)

    Apres avoir parcouru plusieurs articles, tous tres interessant, même si pas toujours tres informé (c’est toujours intéressant de lire l’avis que les gens se font sur certains sujets)
    Je me suis fait la reflection de ‘l’acte de creation”

    En effet, dans la plupart des sujets, les auteurs d’article se place du coté du lecteur et donc de ‘l’analyste” et non pas du créateur. Hors, lorsque l’on créé une histoire, on choisis un personnage principal ou “hero(ine)” qui nous permetra par la suite de developper le scenario.
    En partant de cela, il parrait extremement compliqué de ne pas tomber dans certains cliché! Par exemple, si le hero (ou heroine) a un pere et une mere qui ne font pas partie integrante de l’histoire, et donc auquel on ne pretera que peu d’attention, il sera pratiquement impossible de ne pas en faire des stereotype de parents (pere salaryman, mere au foyer/ pere inconnu, mere travaillant et donc absente).

    Ce que je veux dire, c’est qu’un personnage “cliché” est avant tout un personnage peu travaillé, car il existe bon nombre de type de cliché. Que ce sois celui du meilleur ami, ou celui de la fille a sauver.

    Une bande dessinée, qu’elle sois de type manga ou autre en sera donc forcement bourré, a moins que l’auteur soit un génie de la psychologie et qu’il arrive a developper chacun des personnages avec une finesse déroutante (même les plus secondaires des secondaires)

    Par contre, dans certains cas bien precis, l’auteur donne reelement un avis bien tranché sur la question. Dans Bakuman par exemple, dans lequel, au debut de l’histoire, l’un des personnage donne la description de la femme parfaite, soit: “jolie, intelligente, discrète et qui parle peu.”

    Ou d’autre cas encore, tellement sujet au cliché feminin que cela en devient extremement douteux: Hischool of the dead.

    Pour conclure mon message, je pense tout simplement que, comme dit plus haut, le cliché est lié a l’absence de travail sur un personnage.
    On pourra donc juger de la qualité d’une oeuvre au nombre de cliché present dans celle ci. plus il y en a, plus on peu penser que l’histoire est baclé.

  2. Hello
    Merci pour cet article très intéressant, par contre on voit bien quels sont tes genres de lecture : seinen et shônen avant tout, et donc les femmes dans ces genres-là essentiellement. Il est dommage que tu n’évoques pas du tout le shôjo d’action/fantastique où on trouverait notamment les magical girls (Card Captor Sakura), les travesties (Basara), ou les “pendant” de héros masculins (Angel Sanctuary, X, Gate,…), mais j’interprète cette absence comme un dû au fait que tu n’en lis pas.
    Par ailleurs, en shônen on trouve quand même une certaine diversité de genres : Psychometrer Eiji pour le polar, Love Hina pour la romance, GTO pour la vie quotidienne, Captain Tsubasa pour le sport, etc.

    1. Salut, merci pour le commentaire ^^
      Oui, je ne cache pas que je ne suis pas hyper calé en shôjo… Je n’en ai pas lu suffisamment (moins de vingtaine pour tout dire) pour dresser un bilan détaillé, même si je ne doute pas que ce genre cache également son lot de personnages originaux.
      C’est vrai que pour le moment c’est plus “Analyse des femmes dans les shônen/seinen” que “…les mangas”. Mais promis, lorsque j’aurais lu assez de shôjo, je peaufinerai l’article 😉
      D’ailleurs, je suis preneur pour tout conseil sur un bon shôjo (même pour les mecs !) :p

  3. L article date déjà un peu, mais justement le temps permets de voir des changements dans les mangas type shōnen , depuis il y a eu des kill la kill, Akame ga kill ou autres blood-c … Qui montre toujours des filles à forte poitrine… Mais qui laisse de plus en plus l accent sur l héroïne au centre de l histoire, avec tout les codes du shōnen classique. Certes des clichés perdurent, mais le virage vers un le changement de l image de la fille dans le manga est en marche !

  4. J’ai lu 15 tomes en deux jours. Et mon bilan à ce jour, est que l’oeuvre est un très bon défouloir doté d’un semblant de scénario pour sauver les apparences. Tout est mis en oeuvre par l’auteur pour masquer beaucoup de défauts. Qui ne sont pas rédhibitoires, disons le tout de suite, je me suis bien amusé en lisant Berserk, c’est clair, c’est très sympathique.

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