Les réseaux sociaux au Japon

Voici un billet consacré aux réseaux sociaux japonais, ainsi qu’à la perception des japonais envers les services sociaux étrangers tels que Twitter ou Facebook. Je vous propose également de découvrir les 4 grands réseaux japonais ainsi qu’une analyse sur le succès de Twitter et la difficulté que rencontre Facebook au Japon.

Les réseaux sociaux japonais

2channel

Lancé en 1999 et mondialement connu comme étant l’un des plus grands forums du net, 2channel est un forum on ne peut plus archaïque. En effet, il ne comporte ni système d’hébergement d’image, ni même la possibilité d’écrire en HTML. Du texte noir sur un fond gris, c’est tout ce qu’il y a dans cette caverne d’Ali-Baba. Et quelle quantité ! Que cela soit des discussions politiques, sur les jeux-vidéos ou sur la pornographie, on y trouve absolument de tout. Ceci reflète bien le slogan du site : “Vous y trouverez du hacking et des recettes de cuisine”.

Cette base de donnée vient évidemment de la communauté énorme qui existe derrière, que l’on appelle les “2channelers” ou simplement les “nellers”. De plus il n’y a aucunement besoin de s’inscrire pour pouvoir poster des messages. Le forum compte 11,7 million d’utilisateurs mais n’a pas connu de réelle augmentation d’inscription depuis 2003 (où il comptait déjà 7,7 million d’inscrits), à cause de l’avènement des réseaux sociaux. Les nellers sont particulièrement connus pour leur langage vulgaire, où ils n’hésitent pas à être violents verbalement envers les autres, voire agressifs. À ceci s’ajoute l’absence de modérateurs. En effet le forum est administré par des “caps”, qui sont des membres ordinaires ayant reçu le droit de supprimer des topics etc. suite à de longues années de service ou grâce à des recommandations d’autres caps.

Tout ceci dévoile la face obscure de 2channel, celle où règne la violence verbale et le non-respect d’autrui. Beaucoup de parents ou psychologues pensent d’ailleurs que cette violence verbale au sein du net est une des raisons du manifestement de la violence chez les jeunes dans la vie réelle. Ils disent alors que “ces jeunes ne font plus la différence entre le monde réel et le monde virtuel”. Hm, déjà entendu ça quelque part ? Et oui, cette pathologie ressemble fortement à la violence chez les jeunes expliquée par “les jeux-vidéos violents excessifs”. Même si il faut avouer que le cas de 2channel va bien plus loin, puisqu’il a abouti à plusieurs accidents, suicides, et autres horreurs. Le forum est devenu une véritable place de défoulement pour certains.

Nico Nico Douga

Alias le “YouTube japonais”, Nico Nico Douga regroupe des tonnes de vidéos et possède cette particularité d’être interactif. Effectivement, les inscrits peuvent poster des commentaires directement dans la vidéo. Ainsi, notre commentaire apparaîtra dans la vidéo sous forme d’un texte qui défile, à la seconde indiquée par l’utilisateur. Nico Nico propose plusieurs fonctionnalités, comme par exemples des scripts pour le lecteur, un système de filtre pour les commentaires, la faculté de diffuser une émission live, mais aussi la possibilité de commander une pizza en regardant une vidéo.

Il compte aujourd’hui 22,5 million d’utilisateurs. On y trouve principalement des AMV (Anime Music Video, que l’on appelle aussi MAD). Jadis, les utilisateurs pouvaient uploader des vidéos à partir de YouTube, grâce à un utilitaire incorporé dans le site, mais depuis 2007 le géant américain a bloqué tout accès de Nico Nico.

Mixi

Comptant plus de 20 million de membres, mixi est le plus grand SNS (= social network service) japonais. Son nom provient du verbe “to mix” et du pronom personnel “I” pour désigner l’action d’un individu qui se mélange aux autres. Mixi met donc l’accent sur l’esprit communautaire et propose de créer des “communautés” (équivalents aux “groupes” sur Facebook) que les utilisateurs peuvent rejoindre afin d’entamer des discussions sur un loisir commun par exemple.

Parmi les services principaux de Mixi, nous pouvons citer la création d’un journal intime (un blog en d’autres termes), le partage des photos, le partage des avis et critiques. Contrairement à Facebook, mixi se base sur l’anonymat, permettant donc aux membres de posséder un pseudo. Au départ, l’inscription des nouveaux membres ne pouvait se faire que par invitation, ce qui promettait une meilleure sécurité, mais depuis 2010 il n’existe plus aucune restriction au niveau de l’inscription.

Gree

Gree est l’équivalent mobile de mixi, qui compte 99% des accès via des téléphone s mobiles. Ceci s’explique par le fait que plusieurs de ses fonctionnalités ne sont proposées qu’en version mobile. Le meilleur exemple est le service des jeux, appelé Gree Game, que l’on peut aujourd’hui retrouver sur iPhone, sous forme d’applications. Gree compte 25 million d’utilisateurs et propose à peu près les mêmes services que mixi, comme la publication d’un blog, le partage des photos, des avis, la création des communautés, etc. Pour l’annecdote, son nom vient de la théorie de “Six degrees of Separations”, énoncée par Stanley Milgram.

Les SNS étrangers : Utilisation japonaise

Avant de se pencher sur les deux SNS, quelques chiffres s’imposent. En France, il existe 2,4 million d’utilisateurs Twitter et 20,5 million d’utilisateurs Facebook. Au Japon, il existe 12 million d’internautes sur Twitter et 3,1 million sur Facebook. On a donc deux situations totalement opposées.

Twitter

Comme l’indique le chiffre, Twitter a énormément de succès au Japon. En effet, en plus de l’utilisation “professionnelle” que l’on voit souvent en Occident (promotions d’entreprises, des sites…), les japonais l’utilisent comme outil entièrement personnel. Ces personnes ne cherchent donc pas forcément à collecter des informations, comme nous pourrions le faire (observer les comptes de sites de jeux-vidéo pour pouvoir suivre le fil de l’actualité par exemple). En fait on pourrait assimiler son utilisation à “Exprimez-vous” dans Facebook. D’ailleurs, un des tweets que l’on retrouve souvent chez les jeunes japonais est “Toilet Now”, pour dire que l’auteur va à la toilette… Dès lors, tout comme Facebook, la plupart des utilisateurs suivent (follow) leurs amis ou leurs proches.

Un autre point fort de Twitter au Japon est que la limitation de 140 lettres pèse beaucoup moins lourd que si l’on devait écrire en français. La communication est du coup plus aisée. Twitter connaît également un grand succès depuis le séisme de 11 Mars au Japon, où il a joué un role clef dans la divulgation des informations au sein du pays. Certains citoyens japonais se sont d’ailleurs inscrits parce qu’ils ne faisaient plus confiance aux médias japonais, et préféraient s’informer de l’actualite via Twitter, par le biais de personnes auxquelles ils font confiance.

Facebook

Pourquoi Facebook n’a-t-il pas de succès au pays du soleil levant ? À priori, il a tout pour plaire aux japonais. Et pourtant, le succès n’est pas au rendez-vous. En fait, le plus gros problème de Facebook pour les japonais réside dans le fait qu’il ne se base pas sur l’anonymat. Bien sûr, il est possible d’utiliser un pseudonyme. Mais ceci n’a aucun intérêt sur un SNS comme Facebook où le but premier est de chercher ses amis pour pouvoir partager et communiquer. Et pourquoi les japonais auraient-ils du mal a divulguer leurs informations personnelles ? Premièrement, il existe ce que l’on appelle le sekentei (que j’ai déjà abordé dans l’article sur le séisme). Ce mot composé de seken (=  «l’entourage») et tei (= venant de karada, signifiant « le corps»), désigne le comportement qui consiste à être extrêmement vigilant vis-à-vis de son entourage, pour être le plus « normal » possible, être « comme les autres » et ne pas se faire remarquer. Or dans Facebook, il existe ce coté où l’on essaye de se faire remarquer par son entourage. C’est à la fois un endroit où l’on montre ses différences et ses similitudes avec les autres. Deuxièmement, il existe le problème lié à la vie professionnelle. Les entreprises japonaises étant beaucoup plus sévères et strictes au niveau des règlements que les entreprises occidentales, laisser des photos, messages ou informations personnelles peut être risqué. De même pour un demandeur d’emploi où les embaucheurs iront jeter un oeil sur son profil Facebook, si il en a un.

Pourtant, Facebook commence petit à petit à gagner du terrain dans l’archipel. En effet, les deux arguments cités ci-dessus perdent de plus en plus de leur valeur au fil des jours. D’abord, parce que la jeune génération japonaise, que l’on retrouve sur Facebook, est moins sensible au “sekentei” (il suffit de voir les cosplayers de Harajuku pour s’en rendre compte). Ensuite, de plus en plus de personnes trouvent une véritable opportunité professionnelle sur ce SNS. Si l’on s’y prend avec soin, le réseau social peut devenir (grâce aux groupes, pages etc.) un endroit idéal pour la promotion.

Pas étonnant donc de retrouver aujourd’hui dans de grandes librairies, une bibliothèque remplie de livres sur “Comment booster sa vie professionnelle avec Facebook” ou “Comment gagner sa vie en tant qu’independant avec Facebook”.

Conclusion

La notion de collectivité et l’importance d’appartenir à un “groupe” a toujours existé dans le pays du soleil-levant. La relation maîre-disciple dans le monde des arts ou l’existence de nombreux clubs et cercles estudiantins en sont les meilleurs exemples. Or les SNS représentent un outil idéal pour assurer le fonctionnement de ces communautés.

Le Japon est un des rares pays où Twitter gagne du terrain par rapport à Facebook. Ceci peut s’expliquer par l’expansion déjà existante de Mixi qui est une alternative japonaise de Facebook, ou tout simplement par le goût des japonais. Des préférences qui se basent sur l’anonymat, la simplicité et bien d’autres choses.

Mais Facebook n’a pas dit son dernier mot. Avec son opportunité professionnelle et sa connexion vers le monde entier, il engrenge de nouveaux adeptes de jour en jour.

Source des statistiques : wikipedia.org